Prédication du Mercredi des Cendres. Un carême qui change



Peut-être que nous nous demandons encore comment nous allons pouvoir réussir notre carême… Au fond qu'est-ce qu'un carême réussi ? Mais cette question at-elle un sens ?

N'y aurait-il pas au fond de celui qui la pose un peu de jansénisme rigoriste qui viendrait nous dire au creux de l'oreille qu’un carême réussi c'est un carême qui nous coûte ? Un bon carême ce serait un carême que l'on aurait senti passer !

Pourtant, si l'on parle de conversion c'est à dire de choix positif, éclairé, amoureux, en faveur Dieu et- comme le dit le père Emmanuel d'Alzon notre fondateur- en faveur tout ce que Dieu a aimé, alors oui, dans ce cas, il est important de sentir passer le carême, de sentir la différence entre l’avant et l’après ! Mais s'il s'agit de s'infliger des souffrances par nous-même et sur nous-mêmes, c’est complètement faux.

Qu’est-ce qu’un bon carême ? Si cette question a un sens, alors ne faut-il pas répondre qu’un bon carême est un carême qui nous aura transformés c'est à dire un carême qui nous aura fait prendre conscience que, comme le dit Matthieu le pauvre, moine copte, l'homme vient de l'amour, va à l'amour, et que toute sa vie se déroule sur fond d'amour. La difficulté est que rien dans notre sensibilité n’est en harmonie immédiate avec ce travail secret de l'amour en nous. Nous devons faire l'apprentissage patient de la manière de porter la sensibilité humaine si étrange et parfois si cacophonique dans nos vies alors que le travail de Dieu est droit simple lent et silencieux.

Pour ce soir, je ne veux retenir que 2 points particuliers

Dieu est en carême de l'homme quasiment toute l'année. Car, celui qui souffre le plus du manque c'est bien Dieu à qui l'homme manque tant. Rappelons-nous quelques-unes des phrases de la Bible.

· Isaïe fait dire à Dieu: « j'ai tendu les mains chaque jour vers un peuple rebelle.» (Isaïe 65,2)

· l'évangéliste Matthieu met dans la bouche de Jésus cette formule : « venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et moi je vous procurerai le repos » ( Matthieu 11,28). Sommes-nous allés à lui ? pourtant l'évangéliste Jean lui fait dire aussi : celui qui vient à moi je ne le jetterai pas dehors. (Jean 6,37)

Nous voulons donc être transformés par l’amour de Dieu ? Allons à lui ! Comment ? Il nous faut verrouiller notre porte pour nous tenir dans le secret. Mathieu le pauvre insiste sur ce point. Verrouiller la porte signifie établir une séparation entre l'extérieur et l'intérieur.

· Il faut mettre à l'écart notre cœur, dit-il, pour le libérer de tout souci de toute attaché pour d'une certaine manière mourir au monde. Il faut essayer de retrouver notre innocente nudité comme Adam et Ève au premier jour du monde.

· Il faut ensuite poursuit Mathieu le pauvre mettre nos sens à l'écart c'est à dire demander au Christ de s'interposer entre notre esprit et tout ce qui nous marque et nous perturbe. Je comprends alors que le but n'est pas de devenir un ange mais de laisser notre boussole spirituelle intérieure pouvoir trouver le nord et ne pas être attirée par de faux pôles magnétiques faits de souvenirs, d'image, de plans, de petits complots personnels ou de désir

· Enfin il nous faut savoir mettre de côté, pour un temps, nos relations aux autres. Cela peut sembler nous prendre à contrepied, nous qui sommes si désireux de rencontre. Serions-nous en train de vouloir un carême égocentrique ? Absolument pas. C'est volontairement que nous avons voulu mettre la prière universelle au début de cette célébration pour montrer que la fécondité spirituelle de notre carême doit d'abord viser la transformation du monde. Être chrétien c'est profondément être vivant avec les autres, pour les autres et d'une certaine manière par les autres. Mais cela n'empêche pas et même cela exige que nous sachions nous retrouver tout seul face à Dieu pour lui demander de nous transformer.

Je souhaite que notre carême cette année nous fasse vivre cette double dimension de la solidarité avec le monde en souffrance et la nécessité que nous avons de nous sentir enfant de Dieu. Chacun de manière singulière.

Or, il y a un lieu dans l'église qui permet de nous retrouver dans une grande vérité en ayant au coeur l'amour de notre prochain. Ce lieu c'est le sacrement de réconciliation. La première lecture de Paul nous en parle avec des mots très beaux très forts. Je souhaite qu'au cours de ce carême nous nous laissions interpeller par cette parole. Je vous garantis qu’il y a là un chemin pour retrouver l’harmonie intérieure dont je parlais pour commencer.

C’est ce que je vous souhaite pour ce 40 ajours qui s’ouvrent à nous. Bon carême à chacun.

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