Marie-Madeleine, guide-nous aux pas du Ressuscité !


La liturgie de ce mardi 14 avril 2020 nous a donné l’évangile de la rencontre de Marie (Myriam dans le texte) avec Jésus Ressuscité. Quelques versets qui ont changé la foi des disciples, et qui auraient pu changer bien plus encore …




Évangile (Jn 20, 11-18) : « En ce temps-là, Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. (…) Elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître. Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit ».



Le récit de la première rencontre de Jésus Ressuscité avec un, une en l’occurrence, de ses disciples. Or, curieusement, pendant longtemps (il aura fallu attendre notre bon pape François actuel) ce texte n’était pas lu le dimanche. C’est vrai qu’il dérange. Car Marie-Madeleine cumule les anomalies. Son nom : Marie la Magdaléenne, qui donnera Marie-Madeleine signifie Marie de Magdala. Pour la désigner : un prénom et son lieu. Comme si elle était fameuse en ce lieu ! et pour cause : délivrée de démons (7 ?), ex-pécheresse… De surcroît, elle fait scandale en pratiquant sur Jésus quelques jours avant sa mort une onction de parfum de grand prix (Mt 26, Mc 14 et Jn 12), un reste de sa vie passée ?


C’est pourtant elle qui va être établie par Jésus « apôtre de la résurrection », c’est-à-dire chargée d’annoncer que Jésus est vivant, que le Ressuscité, c’est bien lui, Jésus, le Rabbouni ! On dit alors « apôtre de la résurrection » en prenant ici le mot apôtre au sens d’envoyé, plus précisément « envoyé au loin ». Et certes, ils sont bien loin de la foi de Pâque, les 11 autres, claquemurés dans la peur ! En ce sens, Marie-Madeleine est le prototype de l’Eglise, la première ébauche de ce que sera l’Eglise, celle qui annonce la résurrection envers et contre toute peur, tout doute, toute opinion.

On pourrait dire aussi, et cela a été dit dans l’histoire de l’Eglise, qu’elle est l’apôtre des apôtres, elle est l’envoyée auprès des apôtres, comme Paul sera l’apôtre des Nations, envoyé au monde grec…


Notons alors une différence de taille entre elle et les 11. Ceux-ci ont tous été appelés par Jésus au temps de son ministère public, y compris Judas. Elle, elle l’a suivi, faisant partie des femmes qui prenaient soin des Douze (Luc 8,1-3). Que s’est-il passé dans sa vie ? Sans doute a-t-elle reçu comme une libération radicale la parole de Jésus, ou bien son regard ou sa présence… rien n’est dit à ce sujet, sauf qu’elle a été libérée par lui. Dans sa vie donc, l’amour du Christ a surpassé le péché, ce que Paul dira en une formule qui résume tout : « là où le péché a abondé la grâce à surabondé » (Rm 5,20). Ainsi au sens strict, Marie n’a pas été appelée, ce qui ne l’empêche pas d’être envoyée ; le dire ainsi est bien trop peu, car il ne s’agit pas d’un petit envoi pour une commission. Quelle mission en effet ! Annoncer aux apôtres que Jésus est vivant, que son Dieu est bien notre Dieu, que son Père est bien notre Père.


Pour ma part, je serais tenté de dire que le récit de ce mardi nous indique que l’envoi dépasse l’appel. Je vois dans cette particularité une invitation a repensé nos logiques d’Eglise, qui font souvent la part trop belle à l’origine et pas assez à la destination, autrement dit qui en font des tonnes sur l’appel et pas assez sur la spontanéité de l’envoi en mission, quand le fidèle est poussé par on ne sait quelle force. Est-ce risqué de penser ainsi ? Je lis au psaume 118 : « la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » ou encore en Isaïe 62 « tu ne seras plus appelée la Délaissée ; tu seras appelée ma préférée ». Il n’y a pas de pourquoi, ni de comment. C’est la logique de Pâques. Source d’interrogations tout autant que de grâces, jusqu’à la fin de nos jours. Merci chère Madeleine de nous ouvrir les yeux.

P.Arnaud Alibert

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