Libres? POUR quoi? Prédication – dimanche 25 octobre 2020.

Prédication – dimanche 25 octobre 2020

LECTURES DE LA MESSE

Lecture du livre de l’Exode(Ex 22, 20-26)

« Si tu accables la veuve et l’orphelin, ma colère s’enflammera »

PSAUME : (Ps 17 (18), 2-3, 4.20, 47.51ab)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens (1 Th 1, 5c-10)

« Vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles afin de servir Dieu et d’attendre son Fils »

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu(Mt 22, 34-40)

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et ton prochain comme toi-même »

Chers amis, chers frères et sœurs en Christ. Nous sommes faits pour aimer. Rabelais disait, au milieu de ses héros géants et ridicules, « le rire est le propre de l’homme ». N’est-ce pas bien plutôt l’amour ? Les animaux s’attachent. Les hommes s’aiment. Ou bien, hélas, ne s’aiment pas, ou pas assez. Les plus grandes joies comme les plus grandes peines viennent de là.

1/ introduction

Il y a une vingtaine de jours le pape François publiait son encyclique sociale, Fratelli Tutti, - qui se traduit « tous frères »- portant sur la fraternité et l'amitié sociale. Je ne sais pas lire dans le marc de café mais je pense que ce texte trouvera sa place parmi les textes les mieux inspirés de notre pape, et ce en dépit de son accueil, lequel n'est pas comparable à celui qu’avait reçu l’encyclique Laudato Si’ portant sur l'écologie. Pourquoi cette différence ? Le sujet de la fraternité universelle est sans doute beaucoup moins consensuel. Ensuite, ne soyons pas naïfs, la difficulté de la tâche pour nous occidentaux est bien plus grande. Il est beaucoup plus simple de jurer la main sur le cœur de faire mieux en matière d'écologie ce qui d'ailleurs est absolument nécessaire ne serait-ce que par intérêt personnel pour notre vie ou celle de nos proches ; oui il est beaucoup plus évident de s’engager en matière d'écologie que de s'engager à faire davantage pour l'accueil du plus fragile.

Personnellement je me bats contre l'idée que notre société est égoïste, que les Français ne seraient pas solidaires. La solidarité en France est bien réelle. On pourrait en discuter des heures avec des chiffres et des tableaux, mais l’homélie n’est pas faite pour cela. Ce qui m’importe c’est de reconnaitre avec vous, que même si notre système était parfait- ce qu’il n’est pas à l’évidence- nous ne serions cependant pas arrivés au but défini par Jésus.

2/ commentaire

Jésus, dans l’évangile de ce jour, semble dire cette chose très simple et très précieuse : on n’en aura jamais fini avec l'amour. L'amour est le premier commandement, le commandement premier : aimer Dieu et aimer son prochain voilà notre vocation ; c'est l'affaire d'une vie ; ce n'est pas l'affaire d'une tâche qui pourrait être un jour accomplie. Jésus dit dans cet évangile qu’il s'agit là du condensé de toute la loi et des prophètes ; on pourrait dire même qu’il s'agit là du plus pur résumé de la Bible tout entière. C’est en tout cas ce que l'on retrouve dans les lectures de ce jour.

De la première lecture, il nous importe de retenir la défense que le prophète attribue à Dieu, en faveur de la figure du plus faible de la société : la veuve, l’orphelin, l’immigré. Dieu ne veut pas que nous portions la main sur eux, mais que nous la tendions, de manière charitable. La logique est la suivante :

Seul Dieu pourrait prétendre dominer sur l’homme. Or Dieu refuse d’abuser de son pouvoir. Mais la chaise n’en est pas vide pour autant ; on ne peut pas dire : puisque Dieu ne domine pas le faible, j’ai le champ libre, je vais le faire ! Il faut entendre ici un rapport de préséance. Si Dieu ne domine pas, alors qu’il en a tous les titres, Créateur ET Sauveur, combien MOINS l’homme peut-il s’arroger ce droit lui qui n’a aucun titre. Car toute la bible, depuis Caïn et Abel nous le dit : je ne suis pas le créateur ou le Sauveur de l’autre que j’ai en face de moi ; et aucun homme ne peut dire cela de moi ! Je suis son frère ; il est mon frère ; elle est ma sœur.

C’est sur ce fond là qu’il faut entendre la colère dont parle Saint Paul aux Thessaloniciens. Bien-sûr, à l’époque de Paul, au début des années 50, la colère de Dieu est comprise comme la conséquence du refus du Messie, Jésus, l’Envoyé du Père. Avec le temps, la colère va changer de raison : les juifs et les Romains ne sont pas les seuls à avoir tué Jésus ; ils ne sont pas les seuls mauvais personnages de l’humanité. L’Église appelle depuis des siècles ses enfants à se regarder, en tant que chrétiens dans leur attitude non seulement par rapport à Jésus mais encore par rapport à celui à qui il s’identifie. Or, lui-même s’identifie au plus faible, au dernier. Mépriser le dernier, c’est donc à la fois une injustice qui lui est faite ; mais c’est aussi un blasphème ! Voilà le message.

L’évangile d’aujourd’hui résume en réaffirmant que cet amour, c’est la première des choses à dire et à faire ; c’est le commandement divin par excellence. Tout cela, nous le savons, prend son origine dans l’affirmation chrétienne: « Dieu est amour », qui n’est pas qu’un bon slogan. « Dieu est amour » déploie son sens au fur et à mesure qu’on le médite. Ainsi, on perçoit aussi que Dieu veut que les hommes s’aiment ; Dieu donne aux hommes de pouvoir et de vouloir s’aimer et L’aimer, même si Dieu n’est pas narcissique.

Dieu a tout fait pour que nous parvenions à cet amour, pour que nous en soyons capables, pour que nous n’ayons pas peur de nous aventurer vers cet amour.

2/ Actualisation

Fort de tout cela nous pouvons tourner notre regard vers la semaine que nous venons de vivre et tenter de recevoir et de compléter le message qui nous a été adressé par de multiples bouches à l'occasion des différents hommages adresser à Samuel Patty cet enseignant affreusement assassiné il y a 10 jours.



Ces hommages ont été l'occasion de nous redire notre lien les uns aux autres. En simplifiant, on peut se présenter cela comme une pièce en 2 actes.

Acte I : les citoyens français vivent ensemble et essayent de s'organiser au mieux pour être libérés des contraintes qui entravent leur existence. De là découle l'ensemble des services qui nous sont offerts : l'école pour une formation qui nous ouvre à des métiers qui nous intéressent, des routes qui nous permettent de nous déplacer, des hôpitaux qui nous permettent de nous libérer des contraintes de la maladie, etcetera, etcetera.

Acte II le citoyen français prend conscience de la chance qu'il a de vivre dans ce pays qui lui donne les moyens concrets d'être libre. L'organisation sociale qui lui a permis de surmonter les contraintes n'est donc qu’un ensemble de moyens pour qu'il parvienne au but, son statut d'homme libre. La pièce s’arrête là !

Ce qu'il y a eu d'étonnant c'est que personne, me semble-t-il, n’a élevé la voix pour demander une suite à cette histoire ! Car la liberté c’est bien beau, mais la liberté de quoi, la liberté pourquoi ? Si c’est pour trafiquer notre ADN, inventer des enfants fabriqués en laboratoire sans parents, personnellement, je n’en veux pas. Si c’est pour pouvoir insulter son voisin et blasphémer sur les choses les plus hautes et les plus sacrées, je n’en veux pas non plus.

Eh bien chers amis nous avons, nous les chrétiens, à écrire un Acte III. Cet acte III achèvera l’ensemble en venant dire à l'homme : oui tu es libre mais tu n'es pas libre de faire ce que tu veux ; tu es libre parce que tu as été libéré ; tu as été rendu libre pour aller au meilleur de toi-même. Oui, nous sommes libres, mais libres non pas d'aimer ; car nous ne sommes pas libres de ne pas aimer. Nous sommes libres pour aimer.

Dieu nous a fait libres pour que nous fassions les choses non par devoir mais par amour non pas avec la force de la volonté qui est toujours limitée mais avec la force de l'amour laquelle est infinie. Voilà ce qu'il nous faut entendre .

Le charisme des chrétiens se situe dans cette pédagogie dont le monde a besoin : redire à l’homme qu’il est attendu au théâtre de l’amour et non celui de la démesure de sa puissance. A chacun de nous de relever ce défi à sa manière ; c’est là un élément essentiel de l’appel que Dieu nous lance, peut-être le plus important. Seule cette pièce, si j’ose dire, fera de nous, non des marionnettes mais de véritables frères, car nous sommes tous frères.

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