Le Seigneur nous appelle. Sommes-nous prêts à lui dire oui ?

Homélie du P.Benoît Supérieur général des Augustins de l'Assomption - Dimanche 6 mars 2022 - Chapelle de Valpré.



Chers frères, chères sœurs,


« Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? ». C’est l’appel que lance le Seigneur devant Isaïe, un homme qui se sent indigne et qui a peur d’être en présence de Dieu. Il se connaît pécheur et il a conscience de ses limites. Et pourtant, c’est bien à lui que s’adresse le Seigneur. Mais c’est aussi à nous aujourd’hui que Dieu nous pose la question. Qui sera mon messager ?

Le monde dans lequel nous vivons est traversé par une succession de crises et de remises en cause fondamentales. Notre Eglise elle-même est secouée fortement et se trouve dans une tempête terrible. Les diverses révélations de ces dernières années, les scandales qui sont dévoilés, tout cela nous plonge bien légitimement dans un abîme de perplexité et aussi dans un doute fort. Ai-je encore ma place dans l’Église ?

C’est le bon moment pour réfléchir à notre vocation de chrétien. Je crois sincèrement que la naissance du christianisme se fit dans un contexte de souffrance, de crainte et de peur. Au lendemain de la crucifixion de Jésus, tout était perdu. Les disciples s’étaient éparpillés dans Jérusalem et il n’y avait plus que le goût de la mort et le poids de l’échec. Le prophète galiléen qui avait galvanisé les foules était mort et l’espérance avait déserté le cœur des fidèles. Or, c’est dans ce désarroi absolu que des hommes se sont levés car ils ont cru au Christ ressuscité.

Saint Paul nous dit dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, une chose importante. Ecoutons-le à nouveau : « Frères, je vous rappelle la Bonne nouvelle que je vous ai annoncée, cet Évangile, vous l’avez reçu ; c’est en lui que vous tenez bon, c’est par lui que vous serez sauvés… ». Je me rappelle d’une phrase du cardinal Duval, qui était archevêque d’Alger et qui était resté en Algérie après l’indépendance et jusqu’à sa mort. On lui posait la question de savoir comment il avait pu tenir dans sa longue vie dans des situations difficiles. Il répondait que devant la difficulté du présent, il s’en remettait toujours à la simplicité et à la vérité de l’évangile. La Bonne nouvelle, frères et sœurs, est pour nous le roc sur lequel nous pouvons construire notre foi. L’évangile, nous l’avons reçu le jour de notre baptême, nous le lisons et l’écoutons dans nos liturgies ; nous le vivons au quotidien quand nous nous laissons guider par l’Esprit. Nous ne sommes pas devenus croyants pour rien…

Aujourd’hui, il nous faut toujours revenir à la simplicité du message de Jésus reçu en Église. Malgré les difficultés, malgré les souffrances, c’est bien ensemble que nous sommes sauvés. La Parole de Dieu que nous recevons est une lumière sur nos pas et une nourriture pour la route.

Nous avons tous un appel à entendre, une vocation à suivre. Je pense qu’il faut que nous réexaminions ce que nous appelons vocation. Trop longtemps, la vocation était considérée comme une chose personnelle, or, elle est toujours un appel fait par et dans l’Église. C’est l’Église, à travers les hommes et les femmes d’aujourd’hui qui peut faire entendre la voix de Dieu. Alors que les séminaires sont quasiment vides et que les noviciats peinent à recruter des jeunes religieux, j’ai la conviction inébranlable que Dieu continue d’appeler chacun de nous à le suivre pour l’aventure de la Bonne nouvelle. Nous pouvons avoir un mouvement de recul devant cet appel et estimer que nous ne sommes pas dignes. Je crois que Dieu appelle des hommes et des femmes malgré leurs limites et leurs faiblesses. Pierre, André, Jacques et Jean ont été interpellés pour suivre le Christ. Ils étaient désespérés de ne pas avoir rempli leurs filets. La pêche avait été misérable. Et pourtant, ils ont persévéré et ont continué de jeter les filets. Nous sommes souvent décontenancés dans notre société où le christianisme est marginalisé, mais il y a toujours des êtres en quête de sens et de salut. Pierre comme Isaïe ont pris conscience de leur faiblesse et pourtant ils ont accepté l’aventure de suivre le Seigneur. Me voici, envoie-moi ! Nous avons une Église qui s’appelle le Peuple de Dieu. L’évangile nous l’avons reçu dans l’Église et c’est elle qui nous nourrit de ses sacrements. J’aimerai que nos communautés chrétiennes soient des lieux où l’appel de Dieu retentit clairement. Attention, pas seulement un appel à devenir prêtre ou religieux, mais un appel pour tous à devenir missionnaire. Chaque chrétien de par son baptême est appelé à être témoin du Christ ressuscité. Le témoin n’existe que par le témoignage. Sans témoignage il n’y pas de chrétien. Suivre Jésus aujourd’hui, c’est apprendre à laisser les filets encombrants qui nous alourdissent et qui empêchent notre marche. Suivre Jésus aujourd’hui, c’est entendre la voix des petits et des pauvres qui crient dans notre monde et qui ont soif de justice et de paix. Suivre le Christ aujourd’hui, c’est construire dans l’unité le Corps du Christ. Dieu, frères et sœurs, continue d’appeler chacun de nous sans se lasser. Il ne nous fait pas violence, car il veut que nous répondions dans la liberté et dans la joie. Suivre le Christ aujourd’hui, c’est apprendre à vivre de l’esprit des Béatitudes et se laisser conduire par l’Esprit Saint. Nous avons parfois peur de témoigner, pourtant Jésus nous a bien dit de ne pas nous inquiéter de ce que nous aurons à dire, car le Défenseur sera là pour nous soutenir.

Vous l’aurez compris, Dieu nous pose aujourd’hui cette question : « qui enverrai-je ? Qui sera mon messager ? ». C’est à chacun de nous de prendre le temps dans la prière et dans l’échange fraternel de voir ce à quoi il peut répondre. Intégrer un groupe de partage ; participer à la catéchèse des enfants ; chanter dans une chorale ; soutenir les petits de nos sociétés dans une association humanitaire ; travailler à la réconciliation dans les familles, etc.

Je suis sûr que la générosité existe toujours. Nous avons aussi à nous soutenir mutuellement car les vocations, les missions dans l’Église et dans le monde sont complémentaires. La vie de notre Église et l’annonce du Royaume reposent sur notre capacité à répondre à l’appel du Seigneur. Sommes-nous prêts à lui dire oui ?




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