Dimanche des vocations à Valpré


Partage biblique en compagnie du P.Benoît Grière, Supérieur des Assomptionnistes



Le P.Benoît, supérieur général des assomptionnistes a participé ce dimanche 3 mai 2020 au partage biblique de la communauté de Valpré, en direct de Rome.

Nous éditons ci-dessous son témoignage et sa réflexion sur les vocations, en ce dimanche consacré à la prière à cette intention.

Partage biblique

« Si Jésus dit qu’il est la porte en l’Evangile de ce dimanche ( Jn 10) c’est parce qu’il a voulu abolir les distances. Et il y a tant…

La première distance que le Seigneur a abolie, c’est la distance entre le ciel et la terre. Il s’est fait homme c’est ce qui est important : il a rejoint l’humanité dans tout ce qu’elle a de beau et de moins beau, de fort et de faible. Une des premières distances que les hommes ont longtemps cru infranchissables, celle du ciel à la terre a donc été dépassée.

Mais on peut trouver d’autres textes sur les portes. Dans la tradition orthodoxe, on dit que le Seigneur a brisé les portes de l’enfer, il est descendu -on est dans le temps pascal- au plus bas. Il a cassé les portes du royaume des morts pour faire remonter tous ceux qui étaient dans les limbes, dans la mort, pour qu’ils soient eux aussi sauvés, une autre distance qui paraissait infranchissable.

Si le Seigneur abolit les distances, il abolit aussi les différences que nous érigeons pour ne pas reconnaître l’autre. Je me souviens de l’apôtre Paul qui écrit aux Galates : « il n’y a plus ni grec, ni juif, ni homme, ni femme, nous sommes tous en Christ » (Ga 3,28). Cette image de la porte nous invite à reconnaître combien le Christ fait communiquer, qui fait vivre.

Enfin, dernier point qui m’a frappé dans cet évangile, dans la nouvelle traduction liturgique, il est dit : « il pousse dehors les brebis ». Parole saisissante. Pousser dehors ! Moi qui suis à Rome et qui entend souvent le pape qui nous appelle à être une Eglise en sortie. En ce moment on n’est pas dans l’Eglise, bâtiment ; on est confiné, on est chez soi, mais on arrive à se retrouver. Ça a été dit aussi par d’autres ce soir : L’erreur ce serait de se confiner, se replier sur soi, s’enfermer et rester bien au chaud tranquille. Le pasteur est là pour nous pousser dehors, pousser dehors être une église en sortie. Ce soir je veux retenir cela du texte.

Et heureusement qu’il y a des portes pour se mettre à l’abri… Quelque fois on en a bien besoin, avant de nous mettre dehors et rejoindre cette humanité en plein vent, en plein ciel.

A propos des vocations

Pour ne rien vous cacher, je suis en train de préparer une lettre pour la congrégation, c’est à dire pour les frères et les laïcs de l’alliance qui aura pour thème l’appel, donc la vocation au sens large. Ce que j’ai entendu ce soir dans notre partage me conforte dans le travail que je suis en train de faire, qui en est au tout début.

La vocation ! Chacun a une vocation dans l’Eglise. Et il nous faut aller plus loin. Nous sommes tous appelés, comme le dit le pape François, à être disciple-missionnaire. Il a pris l’originalité d’écrire le mot avec un tiret entre les 2 : disciple - missionnaire, pour monter que les deux sont indissolublement liés.

Nous sommes déjà des disciples, des personnes appelés à suivre le Christ, à se mettre à son école, à son écoute, et puis nous sommes aussi envoyés parce que ce que nous avons reçu et je l’ai entendu , je répète ce qui a été dit ce soir : nous sommes appelés à être témoin.

Pour moi être disciple-missionnaire c’est être témoin là où on est, témoin de la Bonne Nouvelle que nous avons reçue il y a plus ou moins longtemps : notre foi en Christ ressuscité.

J’aime bien un philosophe malheureusement décédé trop tôt l’an dernier Jean Louis Chrétien, qui disait que c’est le témoignage qui fait le témoin. Le témoin n’existe pas en dehors du témoignage. Je ne peux pas dire « je suis témoin » si je ne témoigne pas

Ce qui précède le témoin c’est le témoignage c’est parce que j’ai témoigné que l’on peut dire que je suis témoin donc je suis disciple-missionnaire.

L’appel à être témoin, c’est l’appel à trouver aujourd’hui notre vocation particulière dans l’Eglise et celles-ci sont nombreuses et diverses.

La situation de la congrégation est plurielle.

La question des vocations en Europe est réelle mais elle n’est pas exclusive. L’Europe est un continent qui parait stérile aujourd’hui pour les vocations au presbytérat, à la vie consacrée, à la vie religieuse mais le problème est pour le monde entier. On a 50 à 60 jeunes qui rentrent chaque année essentiellement d’Afrique et d’Asie , malheureusement peu d’Amérique du nord ou du sud , ni d’Europe, mais nous avons la chance d’avoir ces frères-là. Ayons bien en tête que nos Eglises sont solidaires et nous devons travailler pour les vocations partout dans le monde.

Notre petite famille religieuse a la chance d’accueillir chaque année 50 ou 60 novices, tous n’iront pas jusqu’au bout et c’est une bonne chose : il y a le discernement qui est nécessaire pour trouver sa vocation comme la vocation au mariage, à fonder une famille, à rester célibataire, à entrer dans la vie religieuse. Ce questionnement demande du temps, du discernement. Il faut savoir trouver là où on est vraiment appelé.

Ce matin, par hasard, j’ai trouvé un petit texte dans une documentation jésuite, le témoignage d’un frère des écoles chrétiennes qui dit : « j’ai failli ne pas rentrer chez les frères ; pourquoi ? je ne savais pas où trouver la porte ; à cette époque beaucoup sortaient ; aussi une fois rentré on m’a dit que l’on ferait de moi un portier de l‘institut et depuis je me suis toujours intéressé aux vocations ». Pure et belle coïncidence avec l’Evangile de ce jour !

« Je ne trouvais pas la porte, c’était l’époque où tout le monde sortait » ; une porte c’est fait pour passer dans les 2 sens et lui n’avait pas découvert cette porte.

Et on lui a dit : « tu seras portier » et il s’occupe des vocations. C’est une invitation que j’ose ce soir pour tout le monde : est-ce que nous sommes prêts à être portier, est-ce que nous voulons ouvrir la porte à ceux qui frappent ou même à ceux qui ne frappent pas mais qui voyant la porte ouverte et peut être derrière, simplement de la lumière - et pour nous c’est la lumière du Christ ressuscité - pourront être intéressés à venir voir ce qui se passe.

C’est une invitation que je fais de manière insistante pour que nous soyons tous des portiers.

Portier pour que tous ceux qui veulent entrent et à l’intérieur voient la diversité des engagements et des témoins. Même si, au fond, il n’y a qu’un témoignage : celui de notre foi en Christ ressuscité.

À l’Assomption on a autant besoin de vocation de religieux, de religieuses que de vocations laïques et c’est le travail qui a été fait maintenant depuis plusieurs dizaines d’années ; je salue Claude qui a été un des promoteurs du renouveau de l’alliance avec les laïcs dans notre famille religieuse. La vie de l’Eglise concerne tout le monde. Nous avons besoin de vocations spécifiques au service du peuple de Dieu, en référence à l’image du corps développée par saint Paul (1 Co 12) : chacun a sa place et contribue au bien de tous. C’est pourquoi il importe de reconnaître que chacun, dans sa vocation, exprime la gratuité du don : une mère de famille, un père de famille, une vierge consacrée, un prêtre, un religieux... C’est la gratuité du don, qui est fait par le Seigneur, en chacun de nous.

Je me souviens de notre frère Yves Plunian, en 1995 qui nous avait accompagnés dans un pèlerinage en Turquie ; il insistait sur les lettres de Paul en disant que les charismes sont multiples mais sont pour le bien pour du corps, le bien de l’Eglise

Ce n’est pas pour soi qu’on a un charisme particulier mais c’est pour le bien de tous. Nous avons tous un charisme mais c’est pour le bien de tous. Les vocations contribuent au bien de tous ; leur diversité est la richesse de l’Eglise.

Je suis un peu bavard mais je vais parler encore de la porte !

Une image très forte pour moi, c’est quand je vais à Jérusalem. Pour ceux qui ont eu la chance d’aller dans la ville sainte, il y a les murailles et des portes. On voit d’abord le rempart du temps de Saladin ou de Soliman le magnifique puis les portes… Ces portes sont pour entrer ou sortir : la porte de Damas, la porte de Jaffa, la porte de st Etienne … Or, la dernière porte qui a été percée dans le mur de Jérusalem, c’est la porte Neuve. A qui la doit-on ? A l’Assomption ! Oui, nos frères l’ont fait faire à l’époque où nous avions en face l’hôtellerie Notre Dame de France ; les flux des pèlerins qui voulaient entrer étaient obligés de descendre à la porte de Damas et nos pères très pragmatiques on dit : si on ouvrait une porte dans les murailles ! J’y vois le cœur de la spiritualité de l ‘Assomption : nous ne sommes pas là pour ériger des murs mais pour faire des portes. Et c’est quoi ces portes ? A Jérusalem c’est pour aller au plus vite au cœur de la foi, pour aller au Saint Sépulcre, là où le Christ est ressuscité.

La porte est ouverte aussi dans les deux sens car il faut retourner en Galilée pour annoncer la Bonne Nouvelle. La porte Neuve que l’Assomption a la fierté d’avoir fait ouvrir à Jérusalem c’est un peu notre spiritualité, nous ne sommes pas là pour faire des murs mais pour ouvrir des portes.

Merci de votre accueil et de votre écoute. »

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