Chrétiens pour aimer

Au jour de l’attentat de Nice, veille du confinement.

« Hérode veut te tuer » est-il dit à Jésus. Ce à quoi Jésus répond : « combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants, Jérusalem, et vous n’avez pas voulu ».Combien y a-t-il d’Hérode aujourd’hui ? Et combien pour répondre avec les paroles de Jésus.



Chers amis, il n’y a pas à trembler ! Nous n’avons plus à éprouver un malaise par rapport à une identité chrétienne dont nous ne saurions que faire, que nous ne saurions décrire. Nous avons dans l’évangile de ce jour, comme un cadeau de la Providence, les éléments les plus essentiels : comme Jésus, nous voulons rassembler, nous voulons guérir, nous voulons bénir celui qui vient. Les menaces de mort n’y changeront rien. Nous croyons à la communauté humaine ; nous croyons à notre fraternité profonde ; nous croyons au devoir assigné par Dieu à l’homme de vivre, sur terre, en paix.

Or, ce projet de vivre ensemble, porté par les chrétiens, n’est pas partagé par tout le monde. Aujourd’hui, deux idéologies veulent nous faire taire, peut-être même disparaitre. D’un côté, le laïcisme républicain qui ne veut aucune autre régulation de la vie sociale que celle qui émane des institutions républicaines. Dans cette pensée, la République est comme une déesse, assez tyrannique, qui ne veut connaitre que ce qui vient d’elle. Dans le camp d’en face, si j’ose dire, il y aurait tous les projets possibles de totalitarisme religieux et l’on pense aujourd’hui évidemment à l’islam politique qui naît de la pensée théologique extrémiste, portée par des groupes comme les Frères musulmans. Dans sa forme extrême il devient un islamisme militaire, autrement dit terroriste. Cette idéologie veut rejouer la bataille de Poitiers et, cette fois-ci, la gagner en faisant basculer notre pays dans l’ère culturelle et religieuse de leur Islam, qui n’est d’ailleurs pas le même que celui de la grande majorité des musulmans en et de France.

Ces deux idéologies s’opposent au christianisme et il faut craindre un avenir prochain avec des tensions civiles très fortes et des chrétiens pris en étau au milieu, comme aujourd’hui hélas ! C’est la place des martyrs, autrement dit, c’est aussi la tribune de notre témoignage. Et notre témoignage, le voici : au nom du Christ, nous n’avons pas d’autre projet que d’aimer, y compris nos ennemis ; nous n’avons pas de projet contre eux mais pour eux. Nous aimons nos frères humains, nous aimons donc aussi nos ennemis, nous aimons ces ennemis-là, le terroriste de ce matin comme ceux d’hier, parce que pour nous, aimer cela veut dire souhaiter pour eux le meilleur qui puisse leur arriver : que leur cœur de pierre soit changé en vrai cœur de chair, en cœur humain, en cœur aimant. Nous ne voulons pas les baptiser ; nous voulons qu’ils s’humanisent.

C’est pourquoi nous ne lèverons pas la main contre eux et nous ne ferons pas la guerre ; nous ne la ferons plus. En revanche, nous parlerons ; nous dirons et nous crierons. Par fidélité au Christ, qui sur la croix a parlé, crié et prié. Il a eu 7 paroles ; autant dire qu’il les a eu toutes, y compris les nôtres d’aujourd’hui. Alors non, nous ne nous tairons pas !


Que dirons-nous ?

Comme chrétiens, nous avons une pensée pour notre société, au sens où nous savons d’instinct que notre attachement au Christ est intimement lié à notre coopération au vivre ensemble ; que nous ne pourrons pas avancer vers Dieu sans vouloir vivre l’aventure humaine pleinement. Car c’est justement ce que Jésus a vécu et c’est ce chemin-là qu’il nous a dit de prendre. Défini ainsi, notre projet n’indique aucun choix politique programmatique clair. Il indique une manière d’être, non un plan d’actions, de sorte que tous les gouvernements qui le souhaitent peuvent trouver dans les chrétiens des coopérateurs de leur action, pour autant qu’elle soit alignée avec nos valeur.

Comme chrétiens, nous tendons la main à toute personne pour vivre avec elle l’aventure humaine jusqu’au bout : les petits défis de nos journées, les grandes espérances collectives, les jours de peine et de deuil, les jours de joie…

Parce que nous sommes chrétiens, nous nous engageons dans la vie sociale et nous y retrouvons ce qui fait la force de notre vie spirituelle.

Il y a des jours comme aujourd’hui où nous y retrouvons la croix. Cette croix, nous ne la souhaitons pas car nous ne sommes pas masochistes ; nous ne la voyons pas non plus comme une nécessité car nous ne sommes pas fatalistes ; nous ne la recevons pas comme un don de Dieu car Dieu n’est pas sadique. Cette croix de l’épreuve, elle est là, sur notre chemin, comme sur celui du Christ. Notre foi nous fait voir qu’elle n’est pas nue, mais qu’elle est en quelque sorte habillée par la présence du Christ, que ce que nous croyons être notre croix est aussi la sienne. C’est alors que cette présence nous ouvre le regard et nous invite à trouver un chemin ; car, au nom du Christ ressuscité, nous savons qu’il y a un chemin, même si nous ne savons pas où il passe. C’est alors que nous sommes poussés à y voir un appel à aimer et nous découvrons, grâce à notre foi, que cette croix n’est pas un mur mais un passage et qu’il y a un après, à condition de déposer la haine à son pied et de passer en donnant tout l’amour dont nous sommes capables, en nous donnant nous-mêmes s’il le faut.

Il y aura aussi les jours de grand soleil, de grande joie. Nous ne les boudons pas. Parce que nous sommes chrétiens, nous les célébrons, car il n’y a aucune joie vraiment humaine qui soit futile ou sans intérêt. Toute vraie joie est une acclamation, une louange. Et en ce sens, elle n’est pas que pure facilité ou insouciance. Quelque étonnant que ce soit à dire, cette vraie joie est une école d’humilité, la plus pure et la plus nécessaire de toutes les humilités, celle qui consiste à attribuer nos victoires à plus grand que nous, afin de ne pas tomber dans la position empoisonnée de nos adversaires, celle de la toute-puissance.


Demain nous serons confinés, avec tous les fantômes et les combats intérieurs que nous connaissons puisqu’ils ont peuplé notre vie du printemps dernier. Cela n’empêchera pas que nous soyons encore menacés par des « Hérodes » de toute espèce, ou comme le dit saint Paul par « les dominateurs de ce monde de ténèbres ». Nous pourrons alors relire cette fabuleuse finale de l’épître aux Éphésiens écrite par Paul, où il nous donne la parfaite panoplie du chrétien, qui vous l’avez entendue, surpasse de beaucoup le simple port du masque !

À la ceinture, la vérité. Les trop gros ou les trop maigres le savent, la ceinture ne ment jamais. Cette ceinture de la vérité fera tenir sur nous notre dignité d'enfant de Dieu.

Pour avancer avec les autres, en une société plurielle et apaisée, nous savons qu’il nous faut rechercher la justice. Pendant ce mois de novembre, nous nous préparerons pour la sortie du confinement en revêtant une cuirasse de justice , c'est-à-dire tout ce qui nous rend juste aux yeux de Dieu et qui finalement nous protège de toute folie humaine.

Aux pieds, nous dit Paul, nous aurons les chaussures pour annoncer l'évangile de la paix. En temps de confinement nos déplacements extérieur sont comptés mais nos déplacements intérieurs sont illimités ; nous marcherons ensemble vers la paix.

De nouveau pendant 4 semaines les célébrations en communauté de chrétiens ne seront plus possibles mais nous garderons le bouclier de la foi. Certes ce bouclier n'est pas un plateau d'argent sur lequel sera déposée l’eucharistie, mais nous éprouverons combien sont innombrables les ressources de la foi et que même privés de messe, Dieu est présent, pleinement avec nous. Nous aurons peut-être l’impression qu’il nous manque quelque chose, mais Paul nous dit qu’au moins la foi nous protégera du Mauvais.

Au milieu de toute notre actualité déjà passablement enténébrée, le ciel ne nous tombera pas sur la tête mais d'autres peines ou épreuves pourraient bien encore nous tomber dessus. Face à elles, nous aurons le casque du salut. Saint Jean dans son évangile écrit : « Oui, Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Ainsi, tous ceux qui croient en lui ne se perdront pas loin de Dieu, mais ils vivront avec lui pour toujours. En effet, Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais il l’a envoyé pour qu’il sauve le monde. (Jean 3:16-17). Cette promesse est vraie pour tous ; combien plus elle nous rejoint, nous qui sommes les membres de l’Eglise dont le Christ est la tête (Col 1,18).

Enfin, alors même que nous n'avons pas fini de penser « le monde d'après », nous devrons nous remettre en mouvement pour penser le monde présent, pour trouver les paroles qui conviennent à l'alliance que Dieu veut établir aujourd’hui avec nous. Alors, par l’image que propose Paul, nous trancherons dans l'épaisseur du brouillard qui nous entoure avec le glaive de l'Esprit, la parole de Dieu. Cette Parole, nous essayerons de l’ouvrir tous les jours, aidée par la prière de toute la communauté de Valpré, religieux et laïcs tous ensemble.

Bref, nous serons ensemble une communauté humaine de Dieu.

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