6 mars 2022 Prédication du 1er dimanche de carême- Jésus est tenté au désert.



Il nous faut partir d'un point de départ positif. Quand Jésus se trouve en face du Tentateur, tel que cela nous est raconté dans l'évangile de Matthieu que nous venons d'entendre, il lui dit: « le seigneur ton Dieu. » Il y a là une bonne nouvelle extraordinaire : pour tout être vivant sur cette terre, Dieu est « le seigneur ton Dieu ». Ainsi, pouvons-nous croire que rien n'effacera du cœur de l'homme cette assurance que « le seigneur est ton Dieu ». Cette vérité est valable aussi pour le diable qui n'aura pas d'autre issue un jour que de reconnaître lui aussi que le seigneur est son Dieu.

Sur ce fond il nous faut donc vivre notre temps présent. Or je dois bien le reconnaître devant vous ce matin, je suis un peu perdu au milieu de tous les bouleversements que nous avons connus depuis quelques mois jusqu'à ces derniers jours.

Il y a d'abord la question de l'Eglise et du comportement criminel de milliers de prêtres faisant des centaines de milliers des victimes. On a parlé semble-t-il à juste titre de faute systémique. Ce qui veut dire en creux que nous n'avons pas vécu la vertu systémique à laquelle Jésus et après lui ses apôtres nous appelaient. Où en sommes-nous donc de l’Évangile, concrètement ? Cette semaine nous avons eue, ici à Valpré, une conférence à deux voix, celles de deux victimes. Cette soirée a été l'occasion pour nous d’une prise de conscience nouvelle de la dévastation produite par de tels actes. Nous sommes conduits à professer : plus jamais ça. Mais il faut bien reconnaître que ce « plus jamais ça » n'est qu'un vœu pieu s'il n'est pas prolongé concrètement par un « plus jamais pareil », c’est-à-dire par une réforme de sa manière de faire.

Notre société non plus n'a pas été exempte de bouleversements ; je pense ici à la longue épidémie de COVID qui semble vouloir s'achever dans les jours prochains. Cet épisode du COVID a été un coup d'arrêt dans notre course folle ; il a réveillé la conscience de notre vulnérabilité. Ce faisant, le COVID a requestionné le pourquoi et le comment de notre vivre ensemble. Rappelons-nous qu'il y a quelques mois des personnes à la télévision dont des penseurs qui ont pignon sur rue dont j’aurais la charité chrétienne de taire le nom soutenaient l'impératif de laisser les jeunes continuer à vivre et donc préparer les vieux à commencer à mourir ! Comment avons-nous pu laisser de telles paroles prendre en place dans notre société ? Franchement, nous avons frôlé le gouffre de la pensée !

Enfin ces derniers jours nous avons devant les yeux le spectacle de la guerre en Ukraine. Cette guerre écrit sur la carte de l'Europe cette vérité philosophique parmi les plus anciennes et les plus éprouvées que l'égoïsme de l'homme finit toujours par trouver sa funeste traduction politique ; cela s'appelle le nationalisme. En effet, ce que l'homme porte d'égoïsme en lui, les nations le portent sous forme de nationalisme en elles. Alors peut s'appliquer cet adage bien connu : le nationalisme entraîne la guerre. Or si tout s’origine dans l'égoïsme de l'homme et sa pensée égocentrique, si notre avenir en dépend, alors nous devons bien reconnaître notre fragilité car ce foyer n'est pas éteint, ni en Russie ni chez nous ni partout dans le monde.

Ce tableau rapide est un vibrant appel à nous rénover, à nous refaire à neuf comme nous appelle à le faire le carême.

Or avant même de nous poser la question de notre capacité à nous rénover, de notre force intérieure, de notre volonté de le faire, nous faisons face au Tentateur qui selon l'évangéliste Jean est le père du mensonge. Ce tentateur vient nous dire insidieusement : « dans le contexte de ce monde tu ferais mieux de sauver ta peau. Tous ces problèmes te dépassent. Tu ferais mieux de rentrer dans ta maison, elle est sûre. »

Chers amis ne pensons pas pouvoir passer à côté de la Tentation car s'il nous est raconté que Jésus Christ a été tenté lui qui est l'homme accompli, c'est donc que la tentation fait partie de l'expérience humaine. Le serviteur n’est pas plus grand que le maître ; si Jésus a subi en rafale les tentations, combien plus cela sera notre cas ; cela peut-être déjà été. Mais nous avons aussi la foi qui témoigne en nous : la grâce de Dieu est vainqueur en nous, et sa première victoire a été contre la tentation, la division, le mensonge.

Il m'est revenu cet hymne de confiance proclamée par l'Eglise mais qui résonne à mes oreilles comme l'hymne de Dieu en faveur de l'homme on le trouve au dernier paragraphe de la Constitution du concile Vatican II (§93)

« Se souvenant de la parole du Seigneur: "En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres" ( Jn 13,35 ), les chrétiens ne peuvent pas former de souhait plus vif que celui de rendre service aux hommes de leur temps, avec une générosité toujours plus grande et plus efficace. Aussi, dociles à l'Evangile et bénéficiant de sa force, unis à tous ceux qui aiment et pratiquent la justice, ils ont à accomplir sur cette terre une tâche immense, dont ils devront rendre compte à celui qui jugera tous les hommes au dernier jour. Ce ne sont pas ceux qui disent "Seigneur, Seigneur !" qui entreront dans le royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté du Père (Mt 7,21) et qui, courageusement, agissent. Car la volonté du Père est qu'en tout homme nous reconnaissions le Christ notre frère et que nous nous aimions chacun pour de bon, en action et en parole, rendant ainsi témoignage à la vérité. Elle est aussi que nous partagions avec les autres le mystère d'amour du Père céleste. »

Nous pouvons retenir avec profit ces 3 phrases :

· les chrétiens ne peuvent pas former de souhait plus vif que de rendre service aux hommes

· ceux qui font la volonté du père et qui courageusement agissent

· que nous aimions pour de bon et que nous partagions le mystère d'amour du père

Sur la feuille de chants, nous avons aussi posé 3 pistes de réflexion pour la semaine. La première nous aide à remonter à la source : quelle est la parole qui nous habite. La deuxième nous invite à réfléchir au chemin que nous pouvons prendre ensemble dans le cadre du synode sur la synodalité et de l'année capitulaire des assomptionnistes. Enfin, la troisième nous invite à regarder notre manière de faire, à nous poser la question de la vertu. A chacun de trouver la ou les vertus qui constituent son meilleur bouclier contre le Tentateur et son meilleur moteur pour ne pas en rester au monde avec tous se périls tels que je les ai évoqués en commençant. Les laïcs de l’Assomption dans leur chemin de vie proposent les repères suivants :

19. Nous voulons suivre Jésus-Christ par les chemins de l’Evangile, mettant en pratique ses enseignements, faisant nôtres ses options, l’imitant dans ses relations avec Dieu, son Père, et avec le prochain, ses frères, collaborant activement avec lui à la réalisation de son plan de rédemption. Comme lui, nous voulons être des témoins de l’amour du Père et solidaires des hommes et des femmes de notre temps, en particulier de plus pauvres et des exclus.

(…)

23. Nous chercherons à cultiver les vertus propres au charisme de l’Assomption : la passion pour le Règne, le zèle apostolique, la recherche de la vérité, la fidélité à l’Eglise. Nous faisons nôtres les vertus si conseillées par le Père d’Alzon à ses disciples : franchisse, cordialité, simplicité ; disponibilité, audace, créativité ; amour de l’étude ; esprit doctrinal, social, œcuménique.

24. Dans notre monde où Dieu est si absent et Jésus-Christ si méconnu, nous voulons témoigner, par notre façon d’être et d’agir, que le Christ est vivant parmi nous et que le sens ultime de notre existence humaine se trouve dans la rencontre définitive avec le Dieu de la vie.

Extrait du Chemin de vie des laïcs de l’Assomption. « AVEC LES RELIGIEUX ASSOMPTIONNISTES DEVENIR UN PEU PLUS TÉMOINS DE LA VIE SELON L’ESPRIT »


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