24e dimanche ordinaire B : « Qu’il prenne sa croix et qu’il me suive»



Partageons la Parole de Dieu avec Arnaud Alibert, religieux assomptionniste, responsable de la communauté de Valpré à Écully, près de Lyon.

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« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Marc 8,34) Chemin de croix d'un couple de pèlerins, Via dolorosa, Jérusalem.


L’Évangile (Mc 8, 27-35)

En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. »

Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. » Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne.

Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. »

Autres lectures : Is 50, 5-9a ; Ps 114 (116 A) ; Jc 2, 14-18.

Comprendre

Tel maître, tel disciple… Les auditeurs de Socrate lui ressemblaient-ils ? On dit de lui qu’il était petit, très laid et peut-être même bègue ! Pas très engageant. Il était aussi intelligent, pauvre, désintéressé, au service de la cité. Faillait-il trier parmi les traits à imiter ? Cinq siècles après, au temps des apôtres, ou bien vingt-cinq siècles jusqu’à aujourd’hui, la question se repose : comment suivre Jésus, notre Maître, et lui ressembler ? Les quatre Évangiles, et pas seulement celui de Marc, indiquent le passage inévitable par la croix. Là, nous résistons : nous ne voulons pas cela pour nous ; alors nous ne voulons pas cela pour lui. C’est cette logique bien humaine qui valut à Pierre de se faire tancer par le Christ : « Passe dernière moi Satan ! » Dans la vie de Jésus, tout est à prendre, rien à trier. La tradition chrétienne a repris comme un trésor les chants du serviteur du livre d’Isaïe (chapitres 49 à 52) dont le troisième est donné en première lecture. Dans l’écoute de son Seigneur, le serviteur apprend la confiance, quel que soit son sort, et fait la découverte d’un Dieu de consolation. Pour aller jusqu’au bout de la révélation, au matin de la résurrection, il n’est pas possible d’esquiver les embûches ou de brûler les étapes.

Méditer

À qui comparer Jésus, sans le trahir ? La théologie tente de voler à notre secours pour nous dire qu’il est vrai homme et vrai Dieu. Disant cela, que disons-nous au juste ? La question qu’il adresse à ses disciples un jour près de Césarée de Philippe, toujours actuelle, est d’un autre ordre : qui est-il vraiment pour nous, pour moi ? Peut-on y répondre par nos bons restes de catéchisme ? Jésus lui-même a été travaillé par cette interrogation. A-t-il trouvé la réponse dans les livres ? J’ai rencontré bien des personnes qui voient dans cette scène un Jésus instituteur vérifiant le savoir de ses disciples, ramenés par là au rang d’élèves. D’autres, plus rares, y voient un Jésus disciple de Socrate qui accouche la sagesse de ses auditeurs par un jeu de questions-réponses qu’il maîtrise parfaitement. Pour ma part, je crois que cette question l’habite en vérité et creuse en lui un appel puissant par lequel il se tourne vers le Père. À son baptême déjà, il a entendu du ciel ce que sa mère lui disait depuis l’enfance : « Tu es le fils bien-aimé du Père ; tu as toute sa faveur. » Mais, à vues humaines, que faire de cette parole ? Jésus a comme le besoin d’entendre une réponse à hauteur d’homme. Elle vient aujourd’hui de la bouche de Pierre où il reconnaît un message de Dieu. C’est sans doute un tournant dans sa vie, qui ouvre sur l’épisode – juste après – de la transfiguration. Petit à petit Jésus se laisse investir par la plénitude de son identité dans laquelle se dessine la suite de son histoire. Cette scène est magnifique. Elle montre la fragilité du Christ et son humilité par lesquelles il laisse ses doutes affleurer et être dissipés par la parole de l’un de ses disciples. Discerner la parole de l’ami, en laisser pénétrer en nous la lumière ou lui fermer la porte quand elle trahit ses peurs, ses rêves ou ses plans… nous met donc en contact avec le mystère de Dieu. À la suite de Jésus, c’est un acte spirituel. C’est l’accueillir comme Maître et vouloir l’imiter.

Prier

Les mots que tu nous dis surprennent nos attentes,

Mais qui es-tu Jésus, pour nous parler ainsi ?

Viens-tu aux nuits pesantes donner le jour promis ?

Es-tu celui qui vient pour libérer nos vies ?

Les mots que tu nous dis formèrent les apôtres.

Mais qui es-tu Jésus, pour nous parler ainsi ?

Mais tu n’en dis pas d’autres aux hommes d’aujourd’hui.

Es-tu celui qui vient pour libérer nos vies ?

Les mots que tu nous dis révèlent notre rôle.

Mais qui es-tu Jésus, pour nous parler ainsi ?

La vie se fait « Parole » quand c’est Toi qui agis !

Tu es celui qui vient pour libérer nos vies !

(Paroles du chant « Les Mots que tu nous dis » de Claude Duchesneau, EP 164).


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